Orchestre

 

 

Sonnent les douze coups de minuit et la Mort sur son violon jette les premiers accords de la danse macabre.
Dans le vieux cimetière abandonné, envahi par les herbes folles et les fleurs sauvages, sous la bleuâtre clarté d'une lune indifférente, sortent de leurs tombeaux, les Morts.
Au son de la musique saccadée et sautillante, les macabres danseurs se forment en rondes fantastiques.
Et dans la nuit silencieuse, monte seul le bruit sec des os remués en cadence.
Jusqu'au jour, ils gambaderont ainsi, conduits par l'implacable virtuose. Voilà mille ans à cette même heure, qu'ils dansent sur cet air et dans cent mille ans aussi, ils danseront encore.
Sur leurs funambulesques entrechats, plane maintenant l'hymne funèbre de désolation, de désespérance et de fatalité.

Mais le ciel s'éclaircit et voici déjà l'aube. Un coq dans le lointain a chanté. Et vite parmi les stèles et les dalles, s'enfuient les danseurs, dans une course affolée de tibias qui cliquètent. Les vieux, moins agiles, se terrent les derniers. Le violon s'est tu.

Mais à demain, minuit, la danse macabre ...

 

Camille Saint-Saëns

Danse macabre
Opus 40

La poésie 

Zig et zig et zag, la mort en cadence
Frappant une tombe avec son talon
La mort à minuit joue un air de danse
Zig et zig et zag sur son violon

Le vent d'hiver souffle et la nuit est sombre
Des gémissements sortent des tilleuls
Les squelettes blancs vont à travers l'ombre
Courant et sautant sous leurs grands linceuls

Zig et zig et zag, chacun se trémousse
On entend claquer les os des danseurs ...
... Mais psit ! tout à coup on quitte la ronde
On se pousse, on fuit, le coq a chanté.

Henri Cazalis

 

 

 

 

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